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Thread: Abstraction littéraire


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Permlink Replies: 6 - Pages: 1 - Last Post: Sep 17, 2017 12:58 AM Last Post By: alain caloin Threads: [ Previous | Next ]
alain caloin

Posts: 28
Registered: 01/05/17
Abstraction littéraire
Posted: Jul 14, 2017 11:25 PM
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Je suis dans l'écriture d'un manuscrit qui a la particularité de ne pas avoir d'histoire
et dont l'objectif est de laisser au lecteur le soin d'y prendre ce qu'il veut.
Dois-je continuer.
ire
Son titre ABSTRACTION LITTÉRAIRE

Ci-dessous les premières lignes
Bonne lecture à tous

Dans les flaques d’eaux la mer se mire. Quelques gouttes de pluie s’immiscent, se glissent, se fondent au cœur des vagues malicieuses. Un doux clapotis frôle le silence trompeur.
Parle donc, écoute cet éphémère délice, l’instant est au rêve et la pluie te caresse l’échine.
Reste debout, mortel que tu es, sans arme et sans larme.
Tant de choses sont ici inexplicables qu’il serait déraisonnable d’essayer de les comprendre. La folie seule est propice, mais est-ce la folie qui nourrit notre âme.
Parle donc que l’on t’écoute, toi qui nous dis tout savoir de ce monde factice où les lumières délavées marchent sur le vide.
Sans doute, entends-tu dans ces espaces troubles le vent pousser sous les ailes des papillons et valser les longs pleurs des hirondelles sauvages.
Parle donc, dis-moi ne serait-ce qu’un mot, qu’importe lequel, je te laisse le choix et le choix est vaste.
Il pleut toujours sur les flaques d’eau. Au loin un accordéon joue les cornemuses en grimpant les marches d’une mélodie douteuse. Enfin, j’entends ton râle, ce n’est pas un mot qui sort de ta bouche, mais un souffle venant tout droit du gouffre des mélancolies.
Je te sens me suivre, m’accrocher, me tenir comme mon ombre. J’ai beau me retourner, je ne te vois pas. Lâche ma bride, je t’en prie, les hirondelles sont parties et pour ce qu’il en est des papillons légers, ils dorment.
La sensation de ne pas avoir de liberté est la cause première de mes propos. Autant le dire tout de suite, je cherche une prison sans barreaux, une île emplie d’un bonheur printanier.
Ma mission de rendre plus aimable le brouillard qui nous encercle ne fait pas pour autant de moi un poète ni le saltimbanque au chapeau pointu qui passe dans les rues en faisant frissonner sa cloche. La vérité tient par ce mot philosophique : l’idéalisme. Mes sens, exacerbés par la nonchalance, s’enivrent sans cesse de plénitude. Louvoyant entre inspiration chimérique et acception de la vie tumultueuse qui m’entoure, mes pensées tanguent sur les flaques engorgées.
Ton râle est ténu, lointain, nébuleux. Une feuille d’automne s’écrase mollement sur l’asphalte gris. Ce signe, tombé d’on ne sait où, nous apporte les couleurs du froid. La verdure dévale l’immense vallon ravageant au passage les cailloux du temps.
L’instant est unique. Le petit pas que je fais sur le boulevard de cette ville est dérisoire, presque improbable. Mon ombre suit chaque mouvement de mon corps. Ce matin, la terre est plate terriblement plate et ne s’arrondira que tard dans la soirée, à minuit peut-être. Quelqu’un me bouscule au milieu de la foule compacte. Mon ombre me dépasse, le soleil s’est retourné. S’il fallait réduire en cendre le firmament tout entier, il ne resterait, ici et là, que de pauvres pavés scabreux.
Je t’entends chanter, à présent, au rythme de la cornemuse. Le sourire qui te vient aux lèvres me donne l’impression muette des plumes de paon. L’accordéon crie d’impatience, son poumon droit est percé, ses touches s’emmêlent, il se fragilise et l’eau qui s’écoule sur son ventre le console à peine. La mélodie accompagne mes pieds qui s’abandonnent sous la voûte frêle des arbres.
L’artiste saurait te dire pourquoi il ne pleut plus, alors que les volets sont rabattus. Le calme persiste au bout de l’horizon diaphane. La lente floraison des lys et autres renoncules se souvient de toi sur le parvis de Notre-Dame. Le poids de l’histoire ne peut rien face l’immensité glorieuse des temples. Rougeoyant de toute part les icônes se taisent.
En hauteur s’entassent les joies du monde, indéfinissables, redoutables, imparfaites. L’aurore naissante semble, ici-bas, galvaudée. On peut aller de nos louanges, si le cœur nous en dit. Je t’écoute, toi, l’ombre isolée pourvoyeuse de nuit. Seule la caravane du désert tire ses chariots.
L’heure tourne sur le promontoire, la statue de plomb tend ses bras. Je remonte les marches oubliées en ravalant ma salive. Alentour, la tromperie monte la garde, une ombre de plus passe sans me voir. Alors que l’on me bouscule à nouveau, le grand défouloir rouvre sa porte.
Es-tu parti ? Que je ne t’entends plus. L’accordéon papillonne. L’air devient lourd, alors, que je croise à nouveau cet homme arc-bouté au regard vague. Les cygnes soulèvent le champ de ruines. Fuyons, le sol se dérobe.
La longue palissade décrépie paraît bien ordinaire face à la mer qui s’étend. Sous le lustre éteint, le feu révolté se rallume, les flammes joyeuses courent sur le trottoir aux mille reflets. Je me relève joignant les deux mains autour d’une boule de coton.
Je ne vous en veux pas, d’ailleurs, pourquoi vous en voudrais-je ? J’ai beau penser que les brûlures de l’âme s’estompent avec le temps, le cœur en garde malgré tout quelques traces. Il fait chaud sur ce pont où les flaques s’étiolent. Le bruit d’une clochette réveille l’oiseau paon.
J’aime le tintamarre quand il prend un air fragile en rejoignant le silence dans sa plus simple expression. N’écoutez pas la mélopée des peuples errants, elle vous rendrait capricieux comme un ange apeuré, fous de cauchemars aux odeurs de braise.
Encore une heure, sous le pin parasol et je monterai au grenier pour y voir les chaises. À foison, au-dessus de la rivière les peupliers se courbent. La valse imaginaire qui m’anime va de son flot capiteux. Attachées au bastion, les esprits pâles attendent le renouveau. Plus loin, j’aperçois un voilier marcher dans les poussières de brume.
Vous êtes plus infini que vous le croyez. Voyez ce tableau, cabossé, aux contours flous désossés par le vent. Vous êtes infini, dis-je. Les choses sont faites, parfois, d’étrangeté, d’immensité. La vie d’hier s’éloigne et je reste là, clapotant, souriant à qui veut l’entendre.
J’aime les mouettes qui jouent sur le parapet. La mer insipide, sifflant son écume sur la plage étalée, prend ses galons de noblesse. Un vase s’est mis, cette nuit, à fleurir en alignant des lys sur le mur craquelé. Cette sauvage nature responsable de mes maux me rend nerveux, fébrile.

A bientôt
alain caloin

Posts: 28
Registered: 01/05/17
Re: Abstraction littéraire
Posted: Jul 27, 2017 1:40 AM   in response to: alain caloin in response to: alain caloin
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...
Que faire de mieux ? Le ciel transpire d’orages, ultime révolte du chaos originel. La mousse sur le littoral combat pour garder sa place de première dame blanche. Au lointain résonne la cornemuse. La foule s’avance, écorchée.
Je peste, j’enrage, l’océan m’assaille, me rompt. Déroulant ses flambeaux d’espérance, une femme en habit de gestes pose à mes pieds ses boulets d’or. Le café noir me brûle les lèvres, une cigarette fume et le rideau se baisse.
L’homme prit le miroir entre ses mains et tenta d’en prélever la substance. Les reflets s’enroulèrent sur eux-mêmes et finir par disparaître. Le canapé branlant, au cuir épais, jouait les gardes-chiourme. La geôle s’éclairait d’un soupirail sombre et des gouttes de sueur noyaient la nuque du forçat.
La ville aux senteurs de jade respire à nouveau. Les tourterelles roucoulent sur les toits violines. La fête du vent mord la poussière. Malhabile, la lune se cache. Le refrain de la nuit, lentement, devient aphone. Regardant la tour, j’exulte d’une joie improbable. Les chariots se figent entre mes doigts qui les serrent.
Hier, les échassiers revenaient au port. Le portail, fermé par une double serrure, était encore là. Indifférent, l’homme ne disait rien. Je me souviens de ces instants, faits de noir et de bleu, quand je pourchassais les cloportes et bien d’autres misérables bestioles. Pourquoi, le lampadaire est-il éteint ? Serait-ce ma peau qui s’effrite, s’écaille ? Ou, la platitude qui gagne du terrain.
Hier, les oranges avaient un goût bizarre, elles sentaient l’aigreur de l’âpreté. Le pignon principal de la grande bâtisse penchait vers la gauche. Visiblement, la ville avait bougé, les fêlures, que l’on pouvait apercevoir dans les caniveaux crasseux, s’engorgeaient de boue. Je reste au cœur de ce tout qui coure sur le vide.
L’indivisible résonance des objets les plus concrets n’est rien face à la pensée globale. La magnificence outrageuse qu’ont, ici, mes propos, vous amène, sans doute, à toucher du doigt quelques brins d’absolu.
Un son belliqueux s’érige en maître, mais n’est que le valet de la gloire. Tu te détournes de mon chemin comme d’autres de l’espérance car ce n’est que l’ignorance qui fait aller ton pas. Les flaques asséchées laissent transpirer les sables noueux. Pardonne-moi si je parle.
marcel CHAZOT

Posts: 56
Registered: 01/05/16
Re: Abstraction littéraire
Posted: Jul 27, 2017 11:40 AM   in response to: alain caloin in response to: alain caloin
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Dois-je continuer ? demandez-vous

"… Votre regard est tourné vers le dehors; c'est cela surtout que maintenant vous ne devez plus faire. Personne ne peut vous apporter conseil ou aide, personne. Il n'est qu'un seul chemin. Entrez en vous-même, cherchez le besoin qui vous fait écrire: examinez s'il pousse ses racines au plus profond de votre cœur. Confessez-vous à vous-même : mourriez-vous s'il vous était défendu d'écrire ? Ceci surtout : demandez-vous à l'heure la plus silencieuse de votre nuit : "Suis-je vraiment contraint d'écrire ? Creusez en vous-mêmes vers la plus profonde réponse. Si cette réponse est affirmative, si vous pouvez faire front à une aussi grave question par un fort et simple "Je dois" , alors construisez votre vie selon cette nécessité." / Rainer-Maria Rilke in Lettres à un jeune poète

Bien cordialement
m.c.
alain caloin

Posts: 28
Registered: 01/05/17
Re: Abstraction littéraire
Posted: Aug 15, 2017 3:46 AM   in response to: alain caloin in response to: alain caloin
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L'abstraction littéraire que je placerais entre la philosophie et la poésie, n'est ni roman, ni fiction, mais la représentation écrite de pensées éphémères.
En effet, l'écrivain est toujours en quête d'absolu ne serait-ce que pour se prouver qu'il est bel et bien vivant.
Cette abstraction littéraire n'aurait donc qu'un seul but: laisser au lecteur le soin d'imaginer, de construire sa propre histoire.
A+
CHIKH LARABI

Posts: 3
Registered: 08/09/17
Re: Abstraction littéraire
Posted: Sep 8, 2017 12:35 PM   in response to: alain caloin in response to: alain caloin
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L'écrivain est aussi un marchand de fast-food, s'il est libre de préparer les casse-croûte comme bon lui semble, il est aussi contraint de penser à ceux qui vont les manger, les lecteurs. Libre à l'auteur de mettre un nouveau mets, révolutionnaire même, mais, serait-il comestible ? Chikh LARABI
alain caloin

Posts: 28
Registered: 01/05/17
Re: Abstraction littéraire
Posted: Sep 8, 2017 1:15 PM   in response to: alain caloin in response to: alain caloin
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Très bien vu CHICK.
Mais je pense, plus ici, aux 50 plats différents que l'on sait vous servir lors d'un impérial dîner chinois. La multiplicité des goûts en est l'harmonie.
Attention tout de même de pas s'en gaver.
A+
alain caloin

Posts: 28
Registered: 01/05/17
Re: Abstraction littéraire
Posted: Sep 17, 2017 12:58 AM   in response to: alain caloin in response to: alain caloin
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...
  • Monsieur ! Mettez la pendule à l’heure d’hier.
  • A quelle heure, voulez-vous ?
  • A l’heure d’hier tout simplement.
  • Mais hier, il y avait comme chaque jour vingt-quatre heures.
  • Je peux résumer ma journée d’hier en moins d’une heure. Alors quand je vous dis à l’heure d’hier, je suis large.
L’herbe repousse les nuages frileux. La colline ingrate malgré ses arbres velus, sous le ciel tendu, se cache. L’horizon, trop bavard, assaille le bonheur dérisoire des mousses verdâtres. J’entre, les gonds grincent de leur humeur lapidaire. Quelqu’un me touche l’épaule, il fait froid.
A l’aurore surviennent les carrousels et leurs chevaux épais. Des résidus de lierres tombent des toitures sur l’asphalte mou. La lumière s’étire sur le parapet instable. L’accordéon se relève traînant ses nuances de bleu. Une dame est venue rendre l’orchidée au mendiant assis sous le porche étoilé.
  • Ecoute, les cygnes glisser sur le marbre.
  • Je n’entends rien.
  • Ecoute bien. Là, derrière la dune inerte, la lune se couche et les oiseaux se lèvent.
  • J’entends.
  • Qu’entends-tu ?
  • Le soleil venir.
La ritournelle s’emballe. L’homme pose sa canne contre le mur décrépi. J’inspecte les pavés, un à un, et n’y trouve que l’incertitude. Souvent, les portes se ferment. Souvent, je ne sais plus. Par-delà les lisières, combattent les coqs. Les ruisseaux se démènent. Un sentiment de révolte me transperce.
Je relève mon col amidonné. Tout est gris dans cet intérieur où se mêlent l’odeur de la cannelle et l’eau de pluie. Après, la rage me prendra, sournoisement peut-être. L’histoire ne dit pas ce qu’elle ignore mais elle sait galvauder les évidentes vérités. Le fer blanc transperce les corps résolus. Marche, cours, cris si tu veux, ne t’arrête pas.
Je me suis, encore, trompé de porte. Je me trompe, toujours, de porte. La femme, au regard muet, discrètement, tire ses rideaux.
  • Qu’avez-vous ? Que je vous vois si songeur.
  • Je m’interroge sur le sens même de ma vie. S’il est bon d’en rire ou préférable d’en pleurer.
  • Et si vous viviez simplement ? Vous n’auriez alors aucun besoin d’y songer.
  • Vous n’avez, peut-être, pas tort. Je vais y penser.
La ville tumultueuse garde ses larmes en profondeur. Mugissante, elle expose à tous les vents ses façade pierreuses et ses toits révoltés.
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